Re: le serment
Auteur: krissa
Date: 01-09-2006 11:07
- Mais Monsieur le Bâtonnier, je dispose de si peu de temps pour une affaire de cette nature. Enfin ; est-ce que je peux savoir de quoi il s'agit ?
- Très bonne question. Voici le dossier. Vous vous rapprochez du Parquet Général pour avoir les pièces et les informations complémentaires. Après lecture du dossier, vous saurez de quoi il s'agit. J'ai déjà écrit au Parquet Général pour l'informer de votre commission d'office. Bien, à présent, je dois aller rencontrer le Premier Président de la Cour d'Appel au sujet de la prestation de serment des futurs confrères.
- Mais, Monsieur le...
- Bonne journée, cher confrère.
Il comprit que la cause était entendue sans qu'il soit besoin de prolonger davantage la conversation. Le Bâtonnier lui avait déjà tendu la main et il ne restait plus qu'à répondre à la politesse. Ce qu'il fit, la gorge nouée et le c½ur gros. Il tourna le dos au Bâtonnier qui rangeait sa table, pour se diriger vers la porte d'un pas fébrile.
A deux pas de la porte, il entendit :
- Cher confrère, vous n'êtes pas content ?
- Monsieur le Bâtonnier, je suis commis d'office et je ferai mon travail, mais je vous mentirais si je vous disais que je suis content.
- Vous avez une bien curieuse manière de répondre. Je pense qu'il serait bon de savoir ce qu'en pense le Conseil de l'Ordre.
Il sortit du bureau sans mot dire, si abattu qu'il oublia de dire au revoir à la secrétaire qui le regarda déambuler avec sa robe sur les épaules dans les labyrinthes de la salle des pas perdus.
Dans sa tête s'entrechoquaient pêle-mêle la veuve et les orphelins, la commission d'office, la Cour d'Assises et la citation à comparaître devant le Conseil de l'Ordre pour la première fois de sa carrière.
Il ne faisait même plus attention aux « Bonjours » de ses confrères interloqués qui le regardaient se diriger vers le parking.
Il démarra en trombe pour se fondre dans la circulation, déjà si embouteillée,qui excitait ses nerfs à fleur de peau.
Arrivé à son Etude il se ressaisit rapidement et monta les escaliers qui le séparaient du deuxième étage, où nichait son officie.
Après avoir lancé un bonjour à la secrétaire et aux clercs, il rentra dans son bureau, accrocha sa robe et sortit les dossiers de son sac et s'assit dans son fauteuil, quand entra la secrétaire.
Avant que celle-ci n'ouvre la bouche, il lui lança :
- Où est le patron ?
- Il est en principe au Palais, vous ne l'avez pas vu ?
- Non, dites-moi,l'huissier n'a pas encore retourné la deuxième sommation interpellative ?
- Non, Maître, par contre il y a beaucoup de courriers urgents et des appels téléphoniques.
Le téléphone sonna.
La secrétaire s'avança vers le combiné et décrocha.
- C'est pour vous, Maître.
En prenant le combiné, il dit à la secrétaire : « J'espère que ce n'est pas le Président de la République »
Puis la secrétaire l'entendit dire :
- Oui, c'est moi-même, que puis-je faire pour vous ?
- ............................................................
- Ah oui, je vois, bonjour Madame la Directrice.
- ............................................................
Répondre à ce message
Re: le serment
Auteur: krissa
Date: 01-09-2006 11:53
- Oui je suis son père, que se passe t-il ?
- ...............................................................
- Vous le dites pour me rassurer, où est-il ?
- ...............................................................
- Bon, j'arrive tout de suite.
Il raccrocha le téléphone, reprit tous les dossiers qui étaient sur son bureau et les rangea dans on sac.
Il jeta un coup d'½il sur sa montre. 11 heures 10.
- Mademoiselle, soyez gentille, annulez tous mes rendez-vous de cet après midi et dites au patron que je l'appellerai.
Il dévala les escaliers pour atterrir sur son véhicule mis en marche en moins d'une minute.
Encore cette circulation, qui lui rappelait Sisyphe. Mais cette fois-ci il faisait bien partie des conducteurs indisciplinés parce que, pour lui, tous les moyens et tous les endroits pour avancer étaient bons. D'ailleurs le policier en faction était trop pris à jouer un manège avec trois conducteurs à qui il avait retiré les pièces. Il pensait que ceux là avaient plutôt besoin de CFA que d'arrêt.
Enfin, éprouvé, éreinté, il prit le dernier virage qui mène tout droit à l'école de son fils.
Un dos d'âne, un dos de cochon, un dos de chameau, le grincement de ses amortisseurs coulés depuis belle lurette. Ce parcours du combattant l'avait empêché de voir que la chaussée était obstruée par une foule de personnes qui avaient installé leurs chaises partout, bouchant le passage.
Un décès ou un baptême, pensa- t-il en appuyant sur la pédale de frein, énervé comme tout.
Il descendit de son véhicule, claqua la portière qu'il ferma à clé avant d'entamer le reste du trajet d'un pas véloce.
La Directrice l'attendait devant son bureau, l'air inquiet.
Elle n'eut aucune peine à deviner son identité, au vu de ses traits tirés et de la sueur qui perlait son visage, noirci par une barbe de trois jours.
Elle s'enquit :
- Maître Pape Sidy ?
- Oui, Madame. Que se passe t-il ?
- Oh, rien de grave.
- A vous voir, on ne dirait pas.
- Entrez, l'infirmière est là.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Le professeur m'a dit qu'il a eu des vertiges et il est tombé en perdant connaissance.
D'un regard interrogateur, il fixa l'infirmière qui appliquait des compresses sur le front de l'enfant.
- Rassurez-vous, Monsieur, il faisait de la fièvre. Sa tension a subitement baissé.
- Combien ?
- 10
Il se tourna vers le directrice.
- pourquoi ne l'aviez–vous pas évacué à la clinique ?
- On attendait que vous soyez là, Maître.
- Et pourquoi ? Lors de on inscription, j'avais bien indiqué sur sa fiche à quelle clinique il fallait l'évacuer en cas de problème.
- Vous avez raison, Maître ; j'était tellement paniquée que je n'ai même pas pensé à sortir sa fiche. Excusez-moi.
- Comment va t-il maintenant ?
- Papa ! s'écria l'enfant.
- Vous voyez, il reprend ses esprits.
Il s'avança vers le lit de consultation, prit les deux bras de son fils et l'embrassa tendrement sur le front.
- Courage fiston,je suis là. Ca va mieux ?
-L'enfant hocha la tête.
Il regarda sa montre. Il était midi.
Une sirène retentit pour lâcher une horde d'élèves qui allaient dans tous les sens, avec un vacarme qui jurait d'avec le silence du temple de Thémis.
- Qu'est ce que vous allez faire, Maître ?
- Qu'est ce que vous voulez que je fasse avec l'embouteillage ?
Un élève entra brusquement dans le bureau.
- Madame la Directrice ! Madame la Directrice !
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Ils ont mis des sabots sur les roues d'une voiture bleue derrière la maison où il y a le baptême. Ca doit être la voiture d'un parent d'élève qui vient prendre ses enfants.
- Où sont-ils ?
- Ils sont partis avec leur voiture.
- Maître, j'espère que ce n'est pas votre véhicule ?
- J'ai bien peur que si, Madame la Directrice.
Il sentit ses forces l'abandonner et s'affala dans le fauteuil le plus proche.
Il sortit une cigarette et chercher on briquet.
- Désolée Maître, il est interdit de fumer ici.
- Excusez-moi, Madame la Directrice. Mais pourquoi avez-vous éteint votre climatiseur ?
- C'est un délestage, Maître.
Plus tard, à la maison.
- Bon, ne vous inquiétez pas, Maître, je lui ai fait une injection pour couper la fièvre. Il va longtemps dormir, mais à son réveil, veillez a ce qu'il mange bien. Voilà une ordonnance pour lui et respectez bien mes prescriptions. Demain il se sentira comme un charme, mais n'arrêtez pas le traitement. Appelez-moi s'il y a des complications.
Auteur: krissa
Date: 01-09-2006 11:07
- Mais Monsieur le Bâtonnier, je dispose de si peu de temps pour une affaire de cette nature. Enfin ; est-ce que je peux savoir de quoi il s'agit ?
- Très bonne question. Voici le dossier. Vous vous rapprochez du Parquet Général pour avoir les pièces et les informations complémentaires. Après lecture du dossier, vous saurez de quoi il s'agit. J'ai déjà écrit au Parquet Général pour l'informer de votre commission d'office. Bien, à présent, je dois aller rencontrer le Premier Président de la Cour d'Appel au sujet de la prestation de serment des futurs confrères.
- Mais, Monsieur le...
- Bonne journée, cher confrère.
Il comprit que la cause était entendue sans qu'il soit besoin de prolonger davantage la conversation. Le Bâtonnier lui avait déjà tendu la main et il ne restait plus qu'à répondre à la politesse. Ce qu'il fit, la gorge nouée et le c½ur gros. Il tourna le dos au Bâtonnier qui rangeait sa table, pour se diriger vers la porte d'un pas fébrile.
A deux pas de la porte, il entendit :
- Cher confrère, vous n'êtes pas content ?
- Monsieur le Bâtonnier, je suis commis d'office et je ferai mon travail, mais je vous mentirais si je vous disais que je suis content.
- Vous avez une bien curieuse manière de répondre. Je pense qu'il serait bon de savoir ce qu'en pense le Conseil de l'Ordre.
Il sortit du bureau sans mot dire, si abattu qu'il oublia de dire au revoir à la secrétaire qui le regarda déambuler avec sa robe sur les épaules dans les labyrinthes de la salle des pas perdus.
Dans sa tête s'entrechoquaient pêle-mêle la veuve et les orphelins, la commission d'office, la Cour d'Assises et la citation à comparaître devant le Conseil de l'Ordre pour la première fois de sa carrière.
Il ne faisait même plus attention aux « Bonjours » de ses confrères interloqués qui le regardaient se diriger vers le parking.
Il démarra en trombe pour se fondre dans la circulation, déjà si embouteillée,qui excitait ses nerfs à fleur de peau.
Arrivé à son Etude il se ressaisit rapidement et monta les escaliers qui le séparaient du deuxième étage, où nichait son officie.
Après avoir lancé un bonjour à la secrétaire et aux clercs, il rentra dans son bureau, accrocha sa robe et sortit les dossiers de son sac et s'assit dans son fauteuil, quand entra la secrétaire.
Avant que celle-ci n'ouvre la bouche, il lui lança :
- Où est le patron ?
- Il est en principe au Palais, vous ne l'avez pas vu ?
- Non, dites-moi,l'huissier n'a pas encore retourné la deuxième sommation interpellative ?
- Non, Maître, par contre il y a beaucoup de courriers urgents et des appels téléphoniques.
Le téléphone sonna.
La secrétaire s'avança vers le combiné et décrocha.
- C'est pour vous, Maître.
En prenant le combiné, il dit à la secrétaire : « J'espère que ce n'est pas le Président de la République »
Puis la secrétaire l'entendit dire :
- Oui, c'est moi-même, que puis-je faire pour vous ?
- ............................................................
- Ah oui, je vois, bonjour Madame la Directrice.
- ............................................................
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Re: le serment
Auteur: krissa
Date: 01-09-2006 11:53
- Oui je suis son père, que se passe t-il ?
- ...............................................................
- Vous le dites pour me rassurer, où est-il ?
- ...............................................................
- Bon, j'arrive tout de suite.
Il raccrocha le téléphone, reprit tous les dossiers qui étaient sur son bureau et les rangea dans on sac.
Il jeta un coup d'½il sur sa montre. 11 heures 10.
- Mademoiselle, soyez gentille, annulez tous mes rendez-vous de cet après midi et dites au patron que je l'appellerai.
Il dévala les escaliers pour atterrir sur son véhicule mis en marche en moins d'une minute.
Encore cette circulation, qui lui rappelait Sisyphe. Mais cette fois-ci il faisait bien partie des conducteurs indisciplinés parce que, pour lui, tous les moyens et tous les endroits pour avancer étaient bons. D'ailleurs le policier en faction était trop pris à jouer un manège avec trois conducteurs à qui il avait retiré les pièces. Il pensait que ceux là avaient plutôt besoin de CFA que d'arrêt.
Enfin, éprouvé, éreinté, il prit le dernier virage qui mène tout droit à l'école de son fils.
Un dos d'âne, un dos de cochon, un dos de chameau, le grincement de ses amortisseurs coulés depuis belle lurette. Ce parcours du combattant l'avait empêché de voir que la chaussée était obstruée par une foule de personnes qui avaient installé leurs chaises partout, bouchant le passage.
Un décès ou un baptême, pensa- t-il en appuyant sur la pédale de frein, énervé comme tout.
Il descendit de son véhicule, claqua la portière qu'il ferma à clé avant d'entamer le reste du trajet d'un pas véloce.
La Directrice l'attendait devant son bureau, l'air inquiet.
Elle n'eut aucune peine à deviner son identité, au vu de ses traits tirés et de la sueur qui perlait son visage, noirci par une barbe de trois jours.
Elle s'enquit :
- Maître Pape Sidy ?
- Oui, Madame. Que se passe t-il ?
- Oh, rien de grave.
- A vous voir, on ne dirait pas.
- Entrez, l'infirmière est là.
- Qu'est ce qui s'est passé ?
- Le professeur m'a dit qu'il a eu des vertiges et il est tombé en perdant connaissance.
D'un regard interrogateur, il fixa l'infirmière qui appliquait des compresses sur le front de l'enfant.
- Rassurez-vous, Monsieur, il faisait de la fièvre. Sa tension a subitement baissé.
- Combien ?
- 10
Il se tourna vers le directrice.
- pourquoi ne l'aviez–vous pas évacué à la clinique ?
- On attendait que vous soyez là, Maître.
- Et pourquoi ? Lors de on inscription, j'avais bien indiqué sur sa fiche à quelle clinique il fallait l'évacuer en cas de problème.
- Vous avez raison, Maître ; j'était tellement paniquée que je n'ai même pas pensé à sortir sa fiche. Excusez-moi.
- Comment va t-il maintenant ?
- Papa ! s'écria l'enfant.
- Vous voyez, il reprend ses esprits.
Il s'avança vers le lit de consultation, prit les deux bras de son fils et l'embrassa tendrement sur le front.
- Courage fiston,je suis là. Ca va mieux ?
-L'enfant hocha la tête.
Il regarda sa montre. Il était midi.
Une sirène retentit pour lâcher une horde d'élèves qui allaient dans tous les sens, avec un vacarme qui jurait d'avec le silence du temple de Thémis.
- Qu'est ce que vous allez faire, Maître ?
- Qu'est ce que vous voulez que je fasse avec l'embouteillage ?
Un élève entra brusquement dans le bureau.
- Madame la Directrice ! Madame la Directrice !
- Qu'est ce qu'il y a ?
- Ils ont mis des sabots sur les roues d'une voiture bleue derrière la maison où il y a le baptême. Ca doit être la voiture d'un parent d'élève qui vient prendre ses enfants.
- Où sont-ils ?
- Ils sont partis avec leur voiture.
- Maître, j'espère que ce n'est pas votre véhicule ?
- J'ai bien peur que si, Madame la Directrice.
Il sentit ses forces l'abandonner et s'affala dans le fauteuil le plus proche.
Il sortit une cigarette et chercher on briquet.
- Désolée Maître, il est interdit de fumer ici.
- Excusez-moi, Madame la Directrice. Mais pourquoi avez-vous éteint votre climatiseur ?
- C'est un délestage, Maître.
Plus tard, à la maison.
- Bon, ne vous inquiétez pas, Maître, je lui ai fait une injection pour couper la fièvre. Il va longtemps dormir, mais à son réveil, veillez a ce qu'il mange bien. Voilà une ordonnance pour lui et respectez bien mes prescriptions. Demain il se sentira comme un charme, mais n'arrêtez pas le traitement. Appelez-moi s'il y a des complications.